Confinement : acte II, scène dramatique

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Les conséquences économiques et sociales du deuxième confinement décidé par le président de la République, afin de lutter contre la propagation du coronavirus, risquent d’être douloureuses…

Face à la circulation rapide du coronavirus, le gouvernement avait décidé mi-octobre d’instaurer un couvre-feu de 21h à 6h du matin dans 54 départements. Mais l’augmentation continue du nombre de personnes admises en réanimation a été jugée très inquiétante, au point de conduire à un deuxième confinement prévu pour durer a minima du 30 novembre au 1er décembre, avec une clause de revoyure tous les 15 jours. L’économie française commençait seulement à panser lentement ses plaies du premier confinement, comme en témoigne le rebond du PIB de 18,2 % au troisième trimestre, même s’il demeure nettement en dessous de son niveau d’avant la crise sanitaire. Il y a donc fort à parier que les conséquences économiques et sociales seront douloureuses…

Retour sur le premier confinement

Le premier confinement avait duré du 17 mars au 11 mai, soit 55 jours de mise sous cloche stricte de l’économie française. L’activité et la consommation des ménages avaient reculé d’environ 35 %, nécessitant des mesures d’urgence en faveur des entreprises (reports fiscaux, fonds de solidarité, prêt garanti par l’État, chômage partiel…) et des plans d’aide sectoriels. Et le 3 septembre dernier, le gouvernement précisait les détails d’un plan de relance global de 100 milliards d’euros, avec pour objectif de « retrouver dans deux ans la richesse d’avant-crise » et de « préparer la France à l’horizon 2030 ». 

C’est dire combien cette crise doit être grave, pour qu’un gouvernement réputé orthodoxe dans la gestion des finances publiques se décide à creuser le déficit public et conséquemment la dette publique ! Résultat : le budget de l’État pour 2021, présenté au mois d’octobre, faisait état d’un déficit public de 10,2 % du PIB en 2020 (-6,7 % en 2021), d’une dette publique à 117,2 % du PIB en 2020 (116,2 % en 2021), d’un recul du PIB de 10 % cette année et d’une hausse de 8 % en 2021. Quant au régime général de la Sécurité sociale et du Fonds de solidarité vieillesse (FSV), son déficit devrait s’élever à 44,4 milliards d’euros en 2020 (-27 milliards d’euros en 2021). Mais tout cela c’était avant le deuxième confinement…

Confinement allégé, mais conséquences lourdes

L’annonce d’un nouveau confinement à moins de deux mois des fêtes de fin d’année ne pouvait que peser sur le moral et le porte-monnaie des agents économiques. Certes, Emmanuel Macron a affirmé que « l’économie ne doit ni s’arrêter ni s’effondrer », d’où un confinement allégé qui, selon le gouvernement, devrait réduire l’activité de 15 %, contre 30 % lors du premier confinement. Mais encore faudrait-il qu’il porte très vite ses fruits sur le plan de la propagation du virus, sous peine d’augmenter encore l’incertitude et de subir une triple peine : sanitaire, économique et sociale. Toujours est-il que les bars et restaurants, ainsi que les commerces « non essentiels », doivent rester fermés, tout comme les établissements recevant du public. En revanche, les usines et les chantiers resteront ouverts. Le système scolaire continue à accueillir les élèves, ce qui permet du reste de se rendre au travail, mais « partout où c’est possible, le télétravail »  est « à nouveau généralisé ». 

Il est revenu à Jean Castex, Premier ministre, de détailler ces mesures qui, par certains aspects, fleuraient bon l’imbroglio. En effet, une fronde des petits commerçants a très vite vu le jour, alimentée par un sentiment d’injustice naît du constat que les grandes surfaces étaient autorisées à vendre des produits autres que de première nécessité (livres, CD…). À cela s’ajoutaient des arrêtés municipaux qui, en toute illégalité, autorisaient l’ouverture des petits commerces. Pour tenter d’y mettre bon ordre, le Premier ministre a dès lors exigé la fermeture dans les grandes surfaces des rayons de produits qui ne sont pas de première nécessité.

En tout état de cause, eu égard à la fragilité de très nombreuses entreprises, le ministre de l’Économie a promis une enveloppe de soutien aux entreprises à hauteur de 15 milliards d’euros par mois de confinement (extension du fonds de solidarité, activité partielle, exonérations de cotisations sociales…). Mais les grands oubliés sont pour l’instant les jeunes et, plus généralement, les ménages les plus modestes, qui ont souvent vu leur revenu et leur épargne baisser depuis le premier confinement. Certains devront affronter à nouveau les affres du chômage — dont le taux devrait s’envoler — et de la pauvreté, les associations caritatives estimant à un million le nombre de nouveaux pauvres.

En définitive, pour l’instant, les gouvernements en sont réduits à poursuivre les séquences confinement/déconfinement, qui font craindre une crise longue et profonde… 

Raphaël DIDIER