Consommation et épargne marquées par le confinement

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Alors que le budget de l’État pour 2021 fait l’hypothèse d’un rebond massif de la consommation, une étude montre une grande hétérogénéité des ménages dans leur comportement de consommation et d’épargne…  

Le projet de loi de Finances 2021 intègre la mise en œuvre du plan de relance de 100 milliards d’euros annoncé au début du mois de septembre. Bien qu’il ait officiellement pour ambition le retour de la croissance économique et l’atténuation des conséquences économiques et sociales de la crise, dans les faits c’est surtout le premier objectif qui est poursuivi. De plus, ce budget a été construit sur des hypothèses jugées « volontaristes » par le Haut Conseil des finances publiques, en ce qu’il anticipe, entre autres, pour 2021 un rebond de la consommation des ménages (+6,2 %) à la faveur de mesures fiscales (suppression de la taxe d’habitation, baisse de l’impôt sur le revenu…). Mais une étude du Conseil d’analyse économique (CAE), instance placée auprès du Premier ministre, montre la grande divergence dans les comportements d’épargne et de consommation des ménages depuis le confinement. 

Dans l’attente d’un rattrapage de consommation

À la faveur de multiples partenariats de circonstances avec le Groupement des cartes bancaires et Crédit Mutuel Alliance Fédérale, le CAE a eu accès aux données de transactions par cartes bancaires d’un échantillon de 300 000 ménages, strictement anonymisés, qui recouvrent environ 60 % de la consommation des ménages (hors charges fixes). Globalement, la chute annualisée de la consommation des ménages pendant le confinement s’est élevée à 6,3 % par rapport à 2019, avant un retour à la normale après le déconfinement, qui hélas ne compense pas la perte, d’autant qu’il y a déjà des signes d’essoufflement depuis la rentrée. 

Dès lors, le gouvernement ferait bien d’intégrer ce problème de demande, qui pourrait conduire à des faillites d’entreprises, sachant que tous les secteurs n’ont pas subi cette crise sanitaire de la même façon. Ainsi, si la consommation de services informatiques a augmenté sensiblement pendant et après le confinement, celle dans les secteurs des services à la personne, de l’habillement et de l’hôtellerie, pour n’en citer que quelques-uns, est en berne depuis le mois de mars… L’étude rappelle, en particulier, que les entreprises qui vendent des biens durables (automobile, ameublement, électroménager, ordinateur…) devraient être moins affectées par la crise que les secteurs du tourisme et de la restauration par exemple, dans lesquels un rattrapage de consommation est bien moins probable.

Un surcroît d’épargne de près de 50 milliards d’euros 

L’évolution de l’épargne des ménages depuis le confinement est mesurée par la variation de leurs comptes courants, des comptes d’épargne, des comptes d’assurance vie et comptes titres, nette des variations de leur dette. Et le moins que l’on puisse dire est que le surcroît d’épargne est très important : environ 50 milliards d’euros à la fin du mois d’août 2020, qui résultent essentiellement d’une augmentation des soldes des comptes courants et des comptes d’épargne liquide, et d’une diminution de la dette. L’assurance vie, quant à elle, est en recul et les comptes titres n’ont guère étaient mis à contribution. 

Une forte hétérogénéité entre les ménages

En analysant cette fois les données des comptes bancaires, il a été possible de mesurer plus finement la consommation des ménages effectuée par cartes bancaires, retraits d’espèces et par chèque, en décomposant ensuite celle-ci en déciles. On en déduit une grande hétérogénéité, en ce que les personnes les plus pauvres ont bien moins diminué leur consommation pendant le confinement que les plus riches. Cela tient au fait que les plus pauvres concentrent leur consommation sur des biens essentiels, d’où aussi un net rebond après le déconfinement, tandis que les plus riches consomment également des biens et services de confort que le confinement a rendu difficiles à obtenir. L’étude met du reste en lumière un résultat bien établi par d’autres travaux empiriques, à savoir que la propension marginale à consommer, c’est‐à‐dire la part du revenu supplémentaire dédié à la consommation, est plus élevée chez les ménages les plus modestes. En ce qui concerne le surcroît d’épargne depuis le confinement, celui-ci est très inégalement réparti, 20 % des ménages étant à l’origine de près de 70 % de la hausse. Quant aux deux premiers déciles, les plus modestes, leur épargne a fondu…

En définitive, pour relancer efficacement la consommation — si tant est qu’il s’agit là d’un objectif souhaitable —, le gouvernement serait bien avisé d’orienter les dispositifs de son budget principalement vers les ménages des deux premiers déciles de la distribution, d’autant qu’ils subissent fortement les effets des crises sanitaire et économique.

Raphaël DIDIER