«Nous misons sur le développement de l’attractivité des sites patrimoniaux auprès d’une clientèle locale»

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La crise a mis en danger des projets de valorisation du patrimoine à l’équilibre économique fragile, mais elle suscite aussi l’intérêt des Français pour un tourisme de proximité. Lequel pourrait, au final, bénéficier à ces sites 

Que réalise l’association «Adopte un château» pour sauvegarder le patrimoine local ? 

Nous avons créé cette association il y a cinq ans pour sauver les châteaux en péril. En France, on estime que sur 40 000 monuments et châteaux, 600 à 700 sont en danger. Nous sommes une vingtaine de volontaires, passionnés de patrimoine et experts, par exemple en architecture, ou en valorisation du patrimoine. Nous proposons une sorte de boite à outils pour des propriétaires, quel que soit leur statut, qui se sentent désarmés devant l’immensité de la tâche, ou alors, de nouveaux qui vendent leur appartement parisien pour changer de vie… Nous  les accompagnons dans leur démarche. Par exemple, en 2016, nous avons été contacté par un passionné qui avait racheté le château de Montfa [Tarn], lequel appartenu à la famille du peintre Toulouse-Lautrec. L’édifice menaçait de disparaître. Nous avons accompagné son propriétaire, notamment dans les démarches administratives et pour les campagnes de restauration. Aujourd’hui, le château est ouvert au public qui est convié à des concerts et des chantiers participatifs, avec une bonne bouffe au milieu…

La crise du tourisme est-elle fatale à ces projets ? 

Les monuments avec lesquels nous travaillons ont fait le nécessaire pour ouvrir cet été. Pour l’instant, le début de saison est plutôt encourageant. La clientèle de proximité se tourne vers ces destinations qu’elle fréquente normalement plutôt hors des vacances scolaires. Nous profitons de cette crise pour faire prendre conscience aux Français qu’en allant faire des visites, en participant à des animations, ils contribuent à la sauvegarde du patrimoine. L’association participe à la campagne «Cet été, je visite la France». Nous misons sur le développement de l’attractivité de ces sites auprès d’une clientèle locale. Toutefois, avec la crise et le confinement, des monuments vont faire une année blanche. Cela va poser des difficultés, car nombre d’entre eux se sont montés avec un business plan un peu limite. A l’exception des plus fragiles, globalement, avec les aides de l’état, on devrait sauver les meubles. Mais il ne faudrait surtout pas que 2021 soit une autre année blanche ! 

Quels sont vos projets pour la suite ? 

Dans les mois qui viennent, un nouveau projet va voir le jour dans le Poitou : nous sommes en train de finaliser un accord avec le propriétaire d’un château. Cela va initier une nouvelle démarche : nous allons rechercher des sites et, avec l’accord du propriétaire,  en reprendre la gestion dans un modèle de  mobilisation citoyenne, faisant appel à toutes les bonnes volontés, les bras, mais aussi les têtes. Il ne s’agit pas de projets d’entrepreneuriat. Nous sommes sur le temps long.  Il s’agit de mener une réflexion sur la manière de sauver un patrimoine, en élaborant un vrai projet : le château ne doit pas être une coquille vide, il doit vivre. Cela s’inscrit aussi  dans une démarche de développement local, qui passe, notamment, dans l’embauche d’artisans ou de producteurs locaux, et un dialogue avec les collectivités locales. Mais nous ne sommes pas là pour siphonner des subventions. Nous préférons travailler sans, et miser sur le financement participatif. 

                                                             Anne DAUBREE