Face à l’adversité, le lobby pro-vélo cherche à convaincre

Réunis à Paris fin février, les militants et spécialistes du vélo ont déploré la forte réduction des crédits de l’Etat pour les aménagements cyclables. Le secteur espère se relancer grâce au « baromètre vélo », un sondage auprès de dizaines de milliers de personnes, destiné à convaincre les élus locaux.

Face à l’adversité, le lobby pro-vélo cherche à convaincre

A Dainville, dans la Communauté urbaine d’Arras, une piste cyclable promise lors de la campagne pour les élections municipales de 2020 ne sera probablement pas construite avant la fin du mandat, en 2026. « Nous subissons les retards de financement de l’Etat », admet Françoise Rossignol, maire (divers gauche) de cette commune de 5 700 habitants. Les élus locaux qui souhaitent équiper leur voirie d’aménagements cyclables connaissent, depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, les joies de l’ascenseur émotionnel.

En octobre 2024, ils découvraient que le gouvernement Barnier supprimait purement et simplement le Plan vélo, doté chaque année de 250 millions d’euros depuis 2018. On sait aujourd’hui que le renoncement datait en réalité de l’été précédent, lorsque le gouvernement Attal préparait le budget pour 2025. Puis, en janvier, le nouveau Premier ministre, François Bayrou, dévoilait finalement un paquet de 50 millions d’euros pour encourager l’usage de la bicyclette, à répartir dans chaque région par les préfets.

Les 27 et 28 février, les élus des collectivités engagées en faveur de ce moyen de transport se sont retrouvés à Paris, avec des responsables associatifs, consultants ou universitaires, au congrès de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), qui chapeaute 550 associations locales. Sénateur du Nord, Franck Dhersin (Horizons) se félicitait d’avoir voté le budget 2025 et donc le reliquat du Plan vélo, même si « le budget ne me plaît pas ». Le député du Val-de-Marne, Guillaume Gouffier Valente (majorité présidentielle) plaidait pour « la cohérence de la politique de l’Etat » en matière d’aménagements cyclables, même si l’essentiel des dépenses sont en réalité assumées par les collectivités, comme n’ont pas manqué de le rappeler Grégoire de Lasteyrie, vice-président (Horizons) de la région Ile-de-France ou David Belliard, adjoint écologiste à la maire de Paris.

La « période la plus faste que le vélo ait connu », selon les termes du sénateur écologiste du Bas-Rhin, Jacques Fernique, est en passe de se terminer. « On avait gagné dix ans de politiques publiques avec le Covid, mais la marche arrière est toujours possible », a ajouté Annie-Claude Thiolat, administratrice de la FUB. A Berlin, « la majorité de droite élue en 2023 a décidé un moratoire sur les pistes cyclables », ne manque jamais de répéter David Belliard, qui est candidat à la mairie de Paris.

Une politique efficace

Cette politique a pourtant porté ses fruits. Le kilométrage de voies cyclables, la croissance de leur usage et la part du vélo dans les déplacements domicile-travail, ont progressé conjointement entre 2017 et 2024, a montré Thierry du Crest, coordonnateur interministériel pour le développement du vélo et de la marche, graphiques à l’appui. Pour poursuivre cet effort, la FUB réclame « 500 millions d’euros par an », a rappelé Céline Scornavacca, l’une de ses coprésidentes. L’organisation a multiplié les ateliers, conférences, parcours urbains ou expositions pour tenter de démontrer que le vélo peut être un moyen de déplacement bien plus utilisé qu’il ne l’est aujourd’hui. Les thèmes du « vélo en milieu rural », de la « cohabitation dans l’espace public » avec les autres modes ou le questionnement « le vélo, un truc de riches ? » ont été débattus. La climatologue Valérie Masson-Delmotte s’est écriée « Je suis en colère ! », établissant un lien entre l’« obscurantisme » de l’administration américaine en matière de science du climat et les attaques verbales qu’elle subit parfois lorsqu’elle pédale en banlieue parisienne pour se rendre à la gare de RER la plus proche de chez elle. Tout en restant optimiste : « Lorsqu’on me demande comment je fais en ce moment pour tenir en tant que climatologue, ma réponse, c’est vélo-yoga ».

Anne Sénéquier, médecin psychiatre et co-directrice de l’Observatoire de la santé mondiale à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), a expliqué que « nos modes de vie », à base de « voiture-ascenseur-écran », sont « pathogènes ». La mobilité active, marche et vélo, permet de « lutter contre la solitude » et de « maîtriser le territoire, ce qui diminue l’anxiété et aide à être ancré dans le local », a estimé celle qui a imprimé « la carte des pistes cyclables en filigrane » sur ses ordonnances.

Pour convaincre les élus du bien-fondé de ces multiples arguments, la FUB a lancé, à la fin de son congrès, le baromètre-vélo 2025, une consultation unique en son genre qui invite l’ensemble des usagers du vélo, ainsi que ceux qui ne le sont pas, à se prononcer sur les aménagements de leur commune. Lors de la dernière édition, en 2021, le baromètre avait recueilli 277 000 réponses. La FUB espère qu’à l’issue de la consultation, qui s’achève le 2 juin, plus de 50 questionnaires auront été remplis dans au moins 2 000 communes, afin de peser sur le débat des élections municipales de 2026. Le 10 mars, 42 000 réponses avaient déjà été enregistrées, dont seulement deux à Dainville.